San Francisco: Homeless.

Ce post est le premier d’une série suivant un voyage effectué à moto dans le sud ouest des USA en octobre 2013.

wpid-P_20131011_144912.jpgLes embruns du Pacifique amènent leurs nuages qui surplombent le Golden Gate puis San Francisco. Ils offrent une lumière continuellement changeante, qui me poussent à lever les yeux. La ville est superbe avec ses collines, ses maisons colorées et son architecture unique. Je suis constamment à la recherche du meilleur angle pour ma photo… Jusqu’au moment où je dois détourner mon regard vers le sol. Ils font aussi partie de San Francisco, ou SF comme on l’appelle plus communément: les homeless. Je dois regarder où je vais pour éviter un corps sur Market ou Mission street. Ils sont ailleurs aussi, femmes, hommes, adolescents, vieillards ou encore vétérans. Certains handicapés moteur ou mental, ou encore sous l’emprise de l’alcool ou de drogues.

wpid-P_20131011_193709.jpgLes plus créatifs se font musiciens : Quelques vieux pots de peintures faits de plastique, quelques bouteilles et un peu d’adhésif avec une pointe de créativité font l’affaire et permettent un show digne de festivals vers Union Square ou Powell Station, le tout devant des touristes épatés. D’autres plus réservés et moins exubérants jouent de la guitare et chantent sur Colombus à la sortie des bars et restaurants. Les moins entreprenants sont debout, le gobelet usagé à la main, ou encore assis sur leurs déambulateurs voire dans leurs chaises roulantes. Certains, plus désespérés ou fatigués de la vie, sont quant à eux étendus à même le trottoir, avec un panneau de carton résumant leur situation, parfois en un mot ou deux leurs passés. D’autres enfin, se mettent aux carrefours et haranguent le trafic, espérants quelques pièces.

Finalement, il y a la limite, celle que mon regard ne peut tolérer ou que mon cerveau ne peut interpréter correctement, quand le supportable est dépassé. J’ai par mégarde pris un homme sur une chaise roulante pour un de ces caddies rempli de toutes sortes d’objets que les homeless trainent et gardent précieusement. Ce que la vie leur a laissé ou ce qu’ils ont pu en récupérer. Assis dans sa chaise roulante, l’homme est plié en avant, couvert d’habits et de lambeaux de tissus. Inerte, la tête vers le bas, sur la descente des genoux. Un autre est couché sur le sol entre deux voies à la circulation intense, au pied d’un feu, le visage à même les gaz d’échappement. Puis mon regard croise celui de l’éborgné sur la 4ème, en pleine journée. Les traits du visage saillants, l’oeil unique est noir, profond. Il me dit quelques mots que je ne comprends pas.

Enfin il y a aussi l’handicapé ou la personne sous la prise de substances, parfois je ne saurai pas faire la différence. Il ou elle me rappellera des réflexions en l’air de fin de soirées d’ado trop arrosées, mais je bascule dans l’horreur cette fois. A San Francisco, on se prend de face le candélabre ou le parcomètre, c’est apparemment normal. Le choc se suit d’une réflexion ou d’une insulte. On salue aussi la poubelle sur Market Street…

wpid-IMG_20131226_123740.jpgPersonne ne se retourne, personne ne voit, personne n’entend. Je ne les photographie pas, j’hésite à demander puis renonce. Je ne suis pas prêt, pas assez mature. Prendre l’image du visage d’un écorché de la vie me fait peur, m’angoisse ou me gêne. Ou alors c’est de l’humilité face à un défit qui m’est encore insurmontable : celui de les voir « justes », sans jugement aucun. Ils sont là, maintenant, face à moi, partout où je vais. Accepter l’inacceptable demande un effort, encore au delà de mes forces semble-t-il.

Libéral, je crois en l’humain, à la capacité, au génie et à la réussite individuelle ou collective, pas par doctrine mais par respect.

wpid-IMG_20131226_124140.jpgCes scènes, apparemment admises et normales s’offre à mes yeux partout et à toute heure durant mon court séjour à San Francisco. Elles prennent une dimension particulière dans certaines circonstances : depuis la table d’un bon restaurant de Soma ou de Little Italy – de quoi donner une saveur inattendue à mon repas. Ou encore en rentrant à pieds jusqu’à mon hôtel en fin de soirée, où je me dis que s’il fait froid en Californie en octobre, pour certains l’atmosphère est glaciale. Enfin me vient à l’esprit l’éternelle question: Donner. A lui? A elle? Et pourquoi pas aux autres? Y aurait-il un « charity business » dans les rues de San Francisco ? Je me le demande. La ville me laisse finalement sans voix; beauté, richesse, innovation, misère et homeless*: Brutal.

– Copyright ©: All pictures and texts by Frederic Galetto –

*homeless: sans abris.

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  1. Riding the 66 to Oatman, AZ. | Frederic's Blog

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