Nuit blanche.

Blanc. je trouve le qualificatif étrange pour un nom synonyme d’obscurité et pourtant…

Vue de l'entrée de l'université de Genève.

Mon agenda est bouclé pour le lendemain. Optimiste, toujours, c’est obligatoire et une sorte de foi en l’avenir immédiat. La journée ne peut être perdue. Trop à faire et finalement, cette incroyable mais constante angoisse de risquer de s’ennuyer, cette opportunité qui doit rester ouverte de pouvoir faire ce petit extra, celui qui fera une journée réussie et surtout, un jour de réussites.

Sa première partie n’est pas si déplaisante. Les voisins sont encore en famille, d’autres sont sous la douche et d’autres enfin devant la fin du film d’action de la soirée qui s’achève. J’essaie de deviner ce qui se dit, plus par simple curiosité voire amusement que par intérêt déplacé. Puis le silence s’installe, profond et pour de bon. Un léger sifflement se fait alors présent dans mes oreilles. Le chat trottait sur le parquet il y a peu, il fait maintenant pattes de velours. Je suis finalement face moi même. Un horizon restreint. Terriblement restreint sur ma propre personne. Le « je » et le « moi » prennent alors toute la place. Egoïstes, égocentrés, si réducteurs et détestables parfois.

Comment tourner ce moment de solitude extrême en opportunité? Sueur froide suivis de coups de chaleur au rythme des pensées qui me traversent. Joies, bonheurs, plaisirs, angoisses, peurs ou encore chagrins, tous passent à la vitesse de l’éclair, parfois ensembles ou de front. Les frissons longent alors ma colonne vertébrale suivant le sentiment qui en est sa cause. Certains si inavouables la journée et pourtant si clairs dans cette obscurité peu confortable, obscurité qui leur est finalement bien accueillante. Je décide de les chasser jusqu’au bord de l’abîme qui les fera tomber dans l’oubli. Cet oubli qui me permettrait alors enfin de m’endormir. Un effort qui peut durer plusieurs heures est parfois vain, ce malgré persévérance et acharnement.

wpid-IMG_20131105_172259.jpgDevant la facilité je ne craquerai point. Je déteste la capitulation. Elle ne m’est pas acceptable ou plutôt, elle le serait à condition qu’elle puisse permettre la remise en question constructive. Trop facile de fuir ses sentiments et ses ressentis. La pilule qui me fera dormir me fera également ne plus être la personne d’authenticité que je poursuis sans cesse. Si je la prends je dors mais j’ai peur de ne pas me réveiller. Ou alors j’ai peur de me réveiller somnolant pour la première partie de ma journée puis fatigué pour la seconde. Sans compter le risque, sur la route, ou durant le rendez-vous où je me dois d’être « là et maintenant ». Je préfère la fatigue,je ne cède pas.

La Recherche de l’excuse: Par exemple mettre tout cela sur le compte de ce fameux jetlag, si facile et de retour d’un récent voyage intercontinental, bien à ma convenance. J’ai finalement mes doutes et huit jours après mon retour comment pourrait-il en être autrement. Mon réveil se retarde, la peur du manque de sommeil fait disparaître mes premières activités de la journée,  et avec elles cet ensemble si bien équilibré, cette fameuse journée de réussites qui s’éloigne. Il me sied peut-être en définitive, cet emploi du temps.

Passer pour homme pressé rassure, permet de se dire ou se considérer quelqu’un d’importance. L’indisponibilité me rendrait alors tel un produit exclusif, accessible au prix fort… Stupide et égotique, la réflexion m’inspire pitié, dédain voire un dégoût immédiat. Elle est bannie sur le champ.

Ce défilé ininterrompu de pensées aurait donc raison de mes tentatives de trouver le sommeil. Ne dit-on pas que la nuit porte conseils? Et si cette obscurité si blanche et claire était finalement la chance de faire lumière face à moi-même, sans filtre. Egalement sans ces regards du jour constamment posés sur moi – du moins c’est ce que je crois. Insupportable imposture que celle-ci, sachant l’humain éternellement centré sur lui-même plutôt que sur ses semblables. Le regard des autres absents, l’obscurité est là et les récits deviennent diffus. Je suis réveillé, présent, je ne peux appeler à l’aide, personne ne m’entendra et tous sont maintenant endormis.

La place est donc faite à ce fameux « moi » face à lui-même. La fuite est impossible et puis la course serait vaine et enfin, le fameux médicament n’est lui pas une option. Une avalanche d’idées et de pensées qui s’enchainent les unes après les autres, sans pauses et sans relâches ! Et si le flot de ces pensées ininterrompues se sommait par leurs départs à tout jamais ? Que me resterait-t-il? Opportunité ou claire-voyance envers moi-même, lucidité trop rare ou moments uniques de me retrouver vrai et juste.

Blanc : je trouve le qualificatif étrange pour un nom synonyme d’obscurité et pourtant…

J’écris et soudain, si surprenant que cela puisse paraître, des opposés, des antagonistes se retrouvent: Ainsi blanc, ce mot associé aussi à lumière elle-même associée quelques fois au génie, prendrait tout son sens pour qualifier le mot nuit, associé à l’obscurité et aux ténèbres mais ressource essentielle à la vie, moment que je trouve finalement si propice à une réflexion silencieuse sur une existence bien bruyante…

– Copyright ©: All pictures and texts by Frederic Galetto –

Advertisements

, , , ,

  1. Leave a comment

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: