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Carrefour Rue.

Carrefour Rue est un endroit ouvert à midi du mardi au samedi où l’on sert des repas chauds aux plus démunis à Genève. Voici le récit d’une demi-journée passée comme bénévole avec cette organisation caritative :

P_20150331_130014Nous vivons tous une ère libérale et libertaire sans précédent, on fait ou ne fait pas selon son envie. On s’estime bien en mesure de pouvoir envisager une situation quel que soit sa nature ou sa spécificité selon son expérience passée, ses compétences, ses vues politiques ou encore religieuses voire ses valeurs personnelles, parfois si futiles aux yeux des autres mais pourtant si importantes pour nous. Des valeurs si bien véhiculées, partagée aussi maintenant à la vitesse de la lumière par des biais moins contrôlés tels que les médias sociaux. Aujourd’hui, on est tous en direct, depuis son smartphone ou sa tablette, espérant être entendu dans ce brouhaha global qu’est Internet. On peut hurler à quiconque (voudra bien l’entendre ou le lire) son mécontentement, ses émotions, son indignation ou encore son jugement à travers ce fabuleux écran tactile : peut-on l’appeler un filtre ? Je le pense, encore plus aujourd’hui en écrivant ces lignes pour partager mon expérience à Carrefour Rue.

Je ne le sais pas encore avant de commencer mais c’est ici que je vais (re) découvrir le monde en direct mais cette fois, c’est en mode “sans filtre”.

J’ai choisi de participer à une action de bienfaisance par le biais de mon entreprise ou action CSR, acronyme anglais de Corporate Social Responsibility que je traduirai par responsabilité communautaire d’entreprise. C’est donc par choix et par recherche de nouvelles expériences que je vais me rendre au 3 rue de Montbrillant à Genève pour participer à la préparation d’un repas pour les plus démunis de la ville. On sera quelques-un(e)s à éplucher des légumes, dresser la table, apporter son aide en cuisine, couper quelques dizaines de pains en tranches puis enfin, laver la vaisselle avant de nettoyer les locaux afin qu’ils soient prêts pour prochain service…

P_20150331_124341Voici comment cela se déroule : Un plat chaud vous est servi qui que vous soyez de 1130 à 1230 du mardi au vendredi, l’organisation du samedi étant sous la responsabilité d’églises de la place. La personne se présente, elle prend assiette et services sur l’étagère immédiatement sur sa droite après l’entrée qui se fait depuis une petite cours intérieure. Elle vous la tend, vous demandant parfois de quoi il s’agit, en particulier pour la viande en passant devant vous. On sert d’abord le plat chaud, ce jour-là c’était couscous, puis elle peut prendre ensuite une salade et un dessert. Elle va s’assoir, prend son repas puis à la fin, doit laver son assiette et ses ustensiles avant de quitter les lieux.

“Trois morceaux de viande par personne!” me dit-on. Je tente d’être aussi équitable que possible tout en étant rapide et efficace. Il faut qu’il y en ait pour tout le monde. C’est presque frustrant au début, je me rends compte que je suis bien plus concentré sur la louche que sur les visages que je vois passer, bien trop nombreux et bien trop rapidement. Il s’agit de servir une assiette chaude au plus grand nombre après tout me dis-je. Sans demander le menu, ils et elles passent, tout au plus certains demanderons des plats sans viande, sans semoule ou alors sans sauce. Le deuxième service est autorisé tant qu’il reste à manger et que le dernier de la colonne devant la porte d’entrée est servi avec une première assiette.

Certains se présentent avec leurs « tupperware » : ils mangent puis reviennent et ils ne s’en cachent pas, le deuxième service, c’est pour faire leur repas du soir, une fois de retour chez eux.

J’entends merci, thank you, gracias ou encore obrigade et grazie. J’entends aussi parfois le silence, pour eux il faudra lever la tête et alors donner cette attention nécessaire au visage qui vous parlera bien plus que tous les mots.

Ici, on ne choisit pas ceux qu’on veut voir et ceux qui nous mettent moins à l’aise. On ne peut pas passer au prochain tweet ou post, on ne peut pas zapper non plus selon ses affinités ou envies comme avec le fameux écran tactile. Cela m’impose d’accepter totalement la situation que je vis à l’instant, dans son entier. Je ne sais pas qui se présentera dans la colonne qui s’est constituée derrière la porte latérale du bâtiment sis 3 rue de Montbrillant, par contre je sais que durant une heure, je devrai servir quiconque me tendra une assiette.

Plus d’hommes que de femmes sont présents. Le clochard est là avec ses affaires, les animaux de compagnie doivent rester au dehors pour éviter tout problème. Il y a aussi la personne à l’assistance, avec un toit mais qui n’arrive pas à finir le mois et puis il y a aussi celle ou celui qui travaille, mais qui n’est probablement pas décemment payé voire réduit à l’esclavage, celui que l’on tait dans cette Suisse si riche et opulente. Le SDF est là aussi, il est qualifié, cherche du travail mais ne trouve pas, il est parfois universitaire, c’est aussi l’entrepreneur qui a fait faillite ou en recherche d’un emploi la cinquantaine passée. Peu d’entre eux me parlent, on échange plus sur la louche de sauce, la négociation du morceau de viande en plus ou la qualité du repas. Un algérien me dira que lui aussi prépare le couscous et qu’il trouve celui qui lui est servi aujourd’hui délicieux. Je relaierai le compliment au chef.

P_20150331_1023051240 – On reçoit la consigne de ramener casseroles et saladiers en cuisine. Le service est fini. Je tiens “la louche” avec mes collègues depuis plus d’une heure. Mes mains sont marquées, je n’ai pas l’habitude. Quelques retardataires se présentent auxquels on servira tout de même une assiette depuis la cuisine. Une famille de trois personnes arrive en dernière minute, enfant d’une dizaine d’années le cartable sur le dos, habillé pour repartir en classe après le repas pour l’après-midi. Le père a des mains de travailleur du bâtiment. Plus tôt il y eut aussi la jeune femme, environ 35 ans, petit imper beige, maquillée. Belle femme, si je l’avais croisée ce matin traversant à pied le pont de Bergues en allant travailler, j’aurai parié être en face d’une employée voire d’une manager d’une des nombreuses banques de la place.

A Carrefour Rue tous vos préjugés sont instantanément désintégrés. La précarité ne fait pas dans la dentelle à Genève en 2015, elle ratisse large, beaucoup plus large qu’on ne le pense.

Qui n’a pas jugé un jour ou l’autre, qui n’a pas réagi devant un reportage écrit ou télévisé plus ou moins bien ficelé, ou alors croisant simplement une personne assise parterre, qui ne s’est pas dit “il a deux bras, bah…. il peut travailler” ou encore “étrangers ou requérants d’asile profiteurs” ou alors “ces suisses, ceux qu’on dit trop fiers pour aller demander de l’aide”. Des mots qui me sont venus à l’esprit à moi aussi et qui me semblent subitement si caricaturaux, aux point de m’apparaître maintenant totalement abjectes. Après cette expérience je le dis et je l’affirme, c’est une imposture et il est inadéquat, inopportun et tout simplement égoïste de raisonner ainsi. Alors peut-être que certains profitent certes, mais croyez-moi, on ne se rend pas à la soupe populaire par choix mais bien par obligation. Et même si quelques-uns profitaient à compter qu’ils y en aient eu ce jour-là, le fait que j’aie choisi cette mission si importante impliquant cette notion fondamentale qu’est celle du don m’impose que je ne juge pas. Les derniers sont en train de partir. La plonge nous attend puis nous balayerons avant de récurer les locaux.

P_20150331_1112571400 – L’expérience se termine déjà, on salue la personne responsable des lieux et le chef et on s’en va. Je sors de cette expérience régénéré et pourtant ce sentiment me vient sans même avoir mangé mon repas de midi. Je partage quelques commentaires et échange avec mes collègues sur cette expérience : nous sommes huit personnes, les mains marquées mais le sourire aux lèvres qui entamons la seconde partie de notre journée, celle qui sera plus habituelle, dans l’environnement familier du bureau entourés de visages connus.

Il me faudra du temps pour réaliser certains faits survenus durant cette bouleversante matinée de mars. Bouleversant: c’est le mot qui me vient à l’esprit tant tout y est chamboulé. Les valeurs auxquelles je crois restent cependant identiques : je suis fondamentalement libéral parce-que je crois en l’humain. Croire en l’humain, c’est également croire en des bases essentielles telles que la dignité, le respect, l’équité des chances ou encore la reconnaissance de l’individu en tant que tel.  Cette assiette qu’on m’a tendue et que j’ai servie, c’est peut-être l’ultime brin de cette dernière corde à laquelle on s’accroche avant de sombrer : c’est ce qui permettra le paiement de son appartement ou de sa facture d’électricité voire sa prochaine carte prépayée ou encore son abonnement smartphone…après tout peu importe ! Et de me dire une fois pour toute que le jugement n’a pas plus lieu d’être que l’abus, et qu’il est mieux qu’il en soit ainsi.

Carrefour Rue est une association privée d’action sociale qui offre accompagnement, repas, hébergement et activité aux personnes sans abri ou démunies à Genève. Les Jardins de Montbrillant ont servi 51’850 repas en 2014 durant leurs 254 jours d’ouvertures. Sources : Rapport d’activité 2014

– Copyright ©: All pictures and texts by Frederic Galetto –

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Get a job while you still know everything!

Seen on the road, AZ.

Sounds obvious, truths are so hard to find nowadays and that makes them so beautiful to discover! Seen in the middle of nowhere in Arizona.

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Buddha & the technology.

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The little car among the limos.

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Fatigue.

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Fatigue – Weariness – Stanchezza….

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– Copyright ©: Frederic Galetto –

 

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Nuit blanche.

Blanc. je trouve le qualificatif étrange pour un nom synonyme d’obscurité et pourtant…

Vue de l'entrée de l'université de Genève.

Mon agenda est bouclé pour le lendemain. Optimiste, toujours, c’est obligatoire et une sorte de foi en l’avenir immédiat. La journée ne peut être perdue. Trop à faire et finalement, cette incroyable mais constante angoisse de risquer de s’ennuyer, cette opportunité qui doit rester ouverte de pouvoir faire ce petit extra, celui qui fera une journée réussie et surtout, un jour de réussites.

Sa première partie n’est pas si déplaisante. Les voisins sont encore en famille, d’autres sont sous la douche et d’autres enfin devant la fin du film d’action de la soirée qui s’achève. J’essaie de deviner ce qui se dit, plus par simple curiosité voire amusement que par intérêt déplacé. Puis le silence s’installe, profond et pour de bon. Un léger sifflement se fait alors présent dans mes oreilles. Le chat trottait sur le parquet il y a peu, il fait maintenant pattes de velours. Je suis finalement face moi même. Un horizon restreint. Terriblement restreint sur ma propre personne. Le « je » et le « moi » prennent alors toute la place. Egoïstes, égocentrés, si réducteurs et détestables parfois.

Comment tourner ce moment de solitude extrême en opportunité? Sueur froide suivis de coups de chaleur au rythme des pensées qui me traversent. Joies, bonheurs, plaisirs, angoisses, peurs ou encore chagrins, tous passent à la vitesse de l’éclair, parfois ensembles ou de front. Les frissons longent alors ma colonne vertébrale suivant le sentiment qui en est sa cause. Certains si inavouables la journée et pourtant si clairs dans cette obscurité peu confortable, obscurité qui leur est finalement bien accueillante. Je décide de les chasser jusqu’au bord de l’abîme qui les fera tomber dans l’oubli. Cet oubli qui me permettrait alors enfin de m’endormir. Un effort qui peut durer plusieurs heures est parfois vain, ce malgré persévérance et acharnement.

wpid-IMG_20131105_172259.jpgDevant la facilité je ne craquerai point. Je déteste la capitulation. Elle ne m’est pas acceptable ou plutôt, elle le serait à condition qu’elle puisse permettre la remise en question constructive. Trop facile de fuir ses sentiments et ses ressentis. La pilule qui me fera dormir me fera également ne plus être la personne d’authenticité que je poursuis sans cesse. Si je la prends je dors mais j’ai peur de ne pas me réveiller. Ou alors j’ai peur de me réveiller somnolant pour la première partie de ma journée puis fatigué pour la seconde. Sans compter le risque, sur la route, ou durant le rendez-vous où je me dois d’être « là et maintenant ». Je préfère la fatigue,je ne cède pas.

La Recherche de l’excuse: Par exemple mettre tout cela sur le compte de ce fameux jetlag, si facile et de retour d’un récent voyage intercontinental, bien à ma convenance. J’ai finalement mes doutes et huit jours après mon retour comment pourrait-il en être autrement. Mon réveil se retarde, la peur du manque de sommeil fait disparaître mes premières activités de la journée,  et avec elles cet ensemble si bien équilibré, cette fameuse journée de réussites qui s’éloigne. Il me sied peut-être en définitive, cet emploi du temps.

Passer pour homme pressé rassure, permet de se dire ou se considérer quelqu’un d’importance. L’indisponibilité me rendrait alors tel un produit exclusif, accessible au prix fort… Stupide et égotique, la réflexion m’inspire pitié, dédain voire un dégoût immédiat. Elle est bannie sur le champ.

Ce défilé ininterrompu de pensées aurait donc raison de mes tentatives de trouver le sommeil. Ne dit-on pas que la nuit porte conseils? Et si cette obscurité si blanche et claire était finalement la chance de faire lumière face à moi-même, sans filtre. Egalement sans ces regards du jour constamment posés sur moi – du moins c’est ce que je crois. Insupportable imposture que celle-ci, sachant l’humain éternellement centré sur lui-même plutôt que sur ses semblables. Le regard des autres absents, l’obscurité est là et les récits deviennent diffus. Je suis réveillé, présent, je ne peux appeler à l’aide, personne ne m’entendra et tous sont maintenant endormis.

La place est donc faite à ce fameux « moi » face à lui-même. La fuite est impossible et puis la course serait vaine et enfin, le fameux médicament n’est lui pas une option. Une avalanche d’idées et de pensées qui s’enchainent les unes après les autres, sans pauses et sans relâches ! Et si le flot de ces pensées ininterrompues se sommait par leurs départs à tout jamais ? Que me resterait-t-il? Opportunité ou claire-voyance envers moi-même, lucidité trop rare ou moments uniques de me retrouver vrai et juste.

Blanc : je trouve le qualificatif étrange pour un nom synonyme d’obscurité et pourtant…

J’écris et soudain, si surprenant que cela puisse paraître, des opposés, des antagonistes se retrouvent: Ainsi blanc, ce mot associé aussi à lumière elle-même associée quelques fois au génie, prendrait tout son sens pour qualifier le mot nuit, associé à l’obscurité et aux ténèbres mais ressource essentielle à la vie, moment que je trouve finalement si propice à une réflexion silencieuse sur une existence bien bruyante…

– Copyright ©: All pictures and texts by Frederic Galetto –

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Happy New Year! Buon Anno! Bonne Année!

DSC00022A small olive tree on the balcony in Bernex / Geneva, burgeoning despite freezing temperature on regular basis during this period of the year… May 2014 bring you peace, success and happiness!

Piccolo ulivo sul balcone a Bernex / Ginevra, in boccio anche se le temperature sono regolarmente sotto lo zero… Auguro a tutti un 2014 con pace, successo e tanta felicità!

Un jeune olivier sur le balcon à Bernex / Genève, des bourgeons malgré le froid et des température souvent sous le zéro degré… Que 2014 puisse vous porter paix, succès et bonheur!

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